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Musika Na Kipaji : retour sur la troisième édition !

L’art féminin pris et prendra encore de l’essor grâce à l’évènement culturel Musika na Kipaji qui, depuis 3 ans est considéré comme une vitrine d’expression pour les femmes et filles artistes de la ville de Goma, Est de la RDC, pays ou la scène artistique est largement dominée par les hommes. Pour la troisième édition, le slam, le rap, le chant, l’humour et la danse étaient au rendez-vous au-delà des ateliers sur l’art oratoire, le make-up, le leadership et la « slamothérapie », qui ont précédé le spectacle du 28 novembre 2021.

Une semaine avant les spectacles et l’exposition, plusieurs jeunes filles étaient conviées à participer dans les échanges animés par des filles et mamans qui ont de l’expérience et influencent positivement dans leurs domaines de prédilection. Les artistes sélectionnées pour l’édition précédente étaient aussi en préparation. Objectif commun : révolter la jeune fille congolaise à exploiter au maximum ses potentiels, à inspirer la nouvelle génération des filles leaders et influentes, qui impactent véritablement le monde.

Musika Na Kipaji se présente aussi comme une opportunité, un espace engagé pour les jeunes filles qui leur permet de sortir de l’ombre et de s’exprimer, de parler de leurs difficultés et d’exprimer librement leurs désirs par les biais de leurs talents artistiques.

Arriver le jour J, l’attente du public gomatracien était à son comble. Dès midi, la musique retentissait à Un Jour Nouveau. Lieu du spectacle, comme les éditions précédentes. Une heure après, la salle était déjà en moitié pleine et l’Expo, précédant la scène, a donné l’avant-gout au public curieux. Les habits de la maison de couture Kuliko’art ont donné une autre dimension à ce spectacle ornant ainsi dès l’entrée, la salle de la scène.

« Mwanzo », voilà le nom qu’a porté la première partie de la scène. Avec la prestation de Ada Lulonga, propulsée par le programme Slam à l’école du collectif Goma Slam Session, a annoncé les couleurs de l’acte trois de MNK. Attitude scénique irréprochable accompagnée de ses rimes bien dosées, elle a su assurer devant un public en surnombre. Le gospel, avec Linda Mughanda conduit par la guitare d’Ibrahim Tshomba et le piano de Daniella Mpabuka, s’en est suivi avant que Phillipa Zawe, la seule « Musika » de la nationalité non congolaise de la troisième édition et venue d’Angleterre ne puisse clôturer cette partie.

Prestation remarquée de 3 sinistrées du Nyiragongo

Zaburi Rita, vêtue d’un pool made in Kuliko’art, a eu la charge d’ouvrir le rideau de la deuxième partie du spectacle, très attendue par le public. Sereine et mélancolique, comme dans ses habitudes, Rita, qui avait animé l’atelier sur la « slamothérapie », a interprété pour la première fois en live son morceau « Révérence ». La danse a pris place ensuite par l’entremise de Christy Valery, qui a égayé par sa folie de scène. Esther Queen est venue rendre joviale le public avec ses sketchs d’humour.

L’un de moments les plus émouvants de ce Musika Na Kipaji restera la prestation de 3 sinistrées de la dernière éruption du volcan Nyiragongo. Deux en chant et une en slam, elles ont su passer les messages de paix, de réconfort et de cohabitation entre peuple. Leur passage n’est pas resté anodin. Les applaudissements étaient incessants dans la salle. Le slam est revenu sur scène grâce à la talentueuse Dheve Francisca qui a passé en revue ses opinions, décrypté l’histoire du pays et donné de la motivation par ses textes poignants.

Une autre spécialité de MNK 3 ? C’était bien le retour sur la grande scène de Phillipa Zawe avec son style Folk avec une infusion de soul. Style inédit dans la sphère musicale congolaise qui a poussé le public à etre calme et admirer les talents de cette artiste aux héritages ougandais. Pour la seconde fois de la soirée, la danse a refait apparition. Souzy Chloé a emballé avec le hip hop et la danse contemporaine. Bénédicte Luendo n’a pas manqué le coche ensuite en interprétant, avec sa voix épurée, les chansons du style world music et pop music.

Venues de la ville de Bukavu, Prisca et Inès, qui forment Phoenix, ont annoncé le dernier virage du spectacle. Ce duo du Sud-Kivu a fait preuve d’une cohérence scénique hors pairs avant que Prisca Mwenge, en humour, assure que cette discipline a pris un autre niveau en ville volcanique. Avant que le gospel ne revienne clore l’évènement, le rap devrait passer. Et Linda Light, comme dans ses habitudes, s’est liée au public pour interpréter ses morceaux.

L’art comme moyen de lutter contre les violences faites aux femmes

En RDC, et plus particulièrement les Kivu, les rôles traditionnels et les stéréotypes basés sur le genre rendent les femmes vulnérables aux violences. En raison du conflit armé qui sévit dans cette région depuis 20 ans, les congolaises y sont exposées de manière disproportionnée, en particulier les violences sexuelles. Dans ce contexte, MNK est un espace essentiel pour soutenir celles et ceux qui prennent la parole et qui dénoncent les injustices et les violences que subissent les femmes.

Le choix des dates de toutes les activités de MNK n’est pas insignifiant. Les organisateurs veulent participer dans la campagne des 16 jours d’activisme contre la violence basée sur le genre, qui est un évènement international annuel qui débute le 25 novembre, date de la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, et se poursuit jusqu’au 10 décembre, date de la journée des droits humains.

« Cet évènement était un appel au réveil des jeunes filles talentueuses. Il porte un message de lutte contre les VBG, un message qui impose le changement, qui légalise l’espoir longtemps trafiqué et un message qui donne accès au palais des rêves et de réalisation », avait souligné Esther Abumba, slameuse et coordonnatrice de MNK. Joyeuse, elle espère franchir un autre pallier pour cette édition : « Nous croyons que la quatrième édition sera de même. Nous avons réalisé nos attentes et nous croyons juste que la jeune fille a encore appris et repris force ».

On se donne rendez-vous pour la quatrième édition, du 26 au 27 novembre à Goma avec les artistes locales, nationale et de la région des grands-lacs.

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